« Le streaming dope les ventes de CD et de vinyles en magasin »

1395557

Olivier Maeterlinck, directeur général de la Belgian Entertainment Association

L’industrie musicale belge a récemment pu pousser un soupir de soulagement. Après quinze ans de déclin continu des ventes, le secteur a enfin renoué avec une légère croissance. Cette évolution positive est avant tout due à la popularité des services de streaming, même si la vente de vinyles a elle aussi le vent en poupe. Olivier Maeterlinck (directeur général de la Belgian Entertainment Association) se dit satisfait des chiffres, sans pour autant céder à l’euphorie.

Quels sont les facteurs à l’origine de cette légère reprise?
Olivier Maeterlinck: « En 2015, le marché belge de la musique a réalisé un chiffre d’affaires de 107,97 millions d’euros. Comparé à l’année précédente, cela représente une hausse de 4,8%. Cette amélioration s’explique d’une part par la stabilisation du marché physique (statu quo pour la vente de CD et popularité croissante du vinyle) et, d’autre part, par le bond de plus de 40% réalisé par les services de streaming tels que Spotify et Apple Music. »

Comment expliquer une aussi longue période de déclin des ventes?
Olivier Maeterlinck: « Ce déclin est le résultat de la transition vers le numérique qui s’est opérée dans le secteur de la musique ces 15 dernières années. Après la popularité du vinyle (dans les années 60 et 70) et du CD (dans les années 80 et 90), l’avènement d’Internet à la fin des années 90 a permis au consommateur de télécharger sa musique en ligne. Au début, ces téléchargements étaient pour la plupart illégaux, le consommateur obtenant gratuitement les morceaux demandés. À partir de 2004, l’arrivée d’iTunes est venue légaliser la situation mais, entretemps, le téléchargement gratuit de musique était déjà considéré comme la chose la plus naturelle du monde par les jeunes consommateurs. »

Dans quelle mesure le streaming a-t-il mis fin à cette tendance?
Olivier Maeterlinck: « Le streaming est une technologie très accessible: moyennant le paiement d’un abonnement mensuel fixe, vous pouvez écouter autant de musique que vous le voulez. Même si ce marché reste assez modeste – il représente chez nous 20% des ventes totales de musique – il a aussi pour effet de cannibaliser une partie du marché du téléchargement. Un aspect positif est que, grâce au streaming, le consommateur a retrouvé le chemin des magasins de disques. Après avoir découvert l’œuvre d’un artiste sur les plates-formes d’écoute en ligne, il peut avoir envie de posséder quelque chose de tangible de cet artiste. »

Comment l’industrie musicale a-t-elle accueilli l’évolution positive des ventes en 2015?
Olivier Maeterlinck: « Nous sommes évidemment satisfaits, mais ne cédons pas non plus à l’euphorie. Il ne faut pas oublier que notre chiffre d’affaires a chuté de 55 à 60% au cours des quinze dernières années. De nombreux magasins et chaînes ont fait faillite, ce qui a coûté énormément d’emplois au secteur. Nous devons être réalistes: nous ne sommes pas près de retrouver la conjoncture favorable des années 90. Mais nous nous réjouissons de voir que de plus en plus de magasins accordent davantage de place à l’offre musicale physique. »