Un nouvel élan en favorisant la symbiose entre les canaux en ligne et hors ligne

Willem de Laat, administrateur chez Value Partners

Willem de Laat, administrateur chez Value Partners

Le commerce de détail a-t-il encore de l’avenir dans les centres-villes? Absolument, certifie Willem de Laat, administrateur chez Value Partners. Le prestataire en redéveloppement immobilier est étroitement impliqué dans le renforcement du centre des villes et communes. « Grâce à une stratégie politique et commerciale cohérente, les communes et commerçants peuvent tout à fait offrir une plus-value sur base de leur pouvoir de différenciation. »

Quelle est la gravité du problème d’inoccupation commerciale?
de Laat: « Sur les 13 villes-centres, seules Anvers et Gand tiennent bon. Partout ailleurs, l’inoccupation progresse. Dans des villes telles que Turnhout et Genk, elle atteint déjà 23%. À Hasselt, la situation est moins préoccupante, mais dans la mesure où le chef-lieu du Limbourg se profile activement comme une destination commerçante, un taux d’inoccupation de 12% est tout de même loin d’être anodin. D’année en année, on observe un ralentissement de la progression du nombre de m² de surface commerciale en Flandre. Alors que jusqu’à récemment, celle-ci tournait entre 250 000 et 300 000 m², elle n’a été que de 80 000 m² l’année dernière. Le moment où le nombre de m² de superficie commerciale va commencer à diminuer se rapproche dangereusement. »

Comment expliquer cette évolution?
de Laat: « De moins en moins de chaînes mènent une politique d’expansion. En Flandre, celles qui nourrissent des projets d’extension peuvent même se compter sur les doigts des deux mains. La plupart ont du mal à se maintenir à flot. Blokker suit même actuellement une logique de restriction. En outre, l’augmentation se concentre à hauteur de 80% dans la périphérie. Et cette tendance ne semble pas près de s’arrêter. »

Comment inverser le mouvement?
de Laat: « Les villes et communes doivent se doter d’une politique de renforcement du centre, mais toutes n’y arrivent pas. Entre les paroles et les actes, il y a souvent un monde. De nombreuses communes y aspirent, mais facilitent parallèlement les développements en périphérie. Je ne veux pas dire qu’il faille à tout prix freiner cette expansion, mais la moindre des choses est de définir une politique cohérente et de s’y tenir. L’approche actuellement adoptée par de nombreuses localités s’apparente tout au plus à un emplâtre sur une jambe de bois. Les autorités soufflent le chaud et le froid. La concurrence avec les communes et villes environnantes est également très vive. »

De quelle manière les autorités locales pourraient-elles efficacement s’attaquer au problème?
de Laat: « Avec un peu de bonne volonté, il est possible de faire contrepoids: recherchez des synergies, misez sur votre pouvoir de différenciation et affrontez la concurrence en investissant de manière ciblée dans votre propre appareil commercial. Cela demande certes du temps, de l’argent et de l’énergie mais, à travers l’organisation d’événements et d’actions, il est possible d’attirer des visiteurs, d’améliorer son attractivité en tant que lieu d’implantation de nouveaux magasins et de ralentir le rythme des fermetures. Mais d’abord, il faut élaborer une vision réaliste. »

Que pensez-vous de l’essor de l’e-commerce?
de Laat: « Il est un fait que le commerce en ligne s’accapare un pourcentage de plus en plus important des 50 milliards d’euros dépensés chaque année en Belgique dans le commerce de détail. Ce canal est une aubaine pour le consommateur. Les exploitants de magasins physiques ne doivent toutefois pas baisser les bras. Ils doivent au contraire examiner les opportunités qui s’offrent à eux. Vous pouvez par exemple offrir un service au client en lui proposant de commander son article favori en ligne si celui-ci n’est plus disponible dans sa taille en magasin, et lui faire livrer à domicile. Une autre solution consiste à réduire la taille du magasin et à vous en servir comme point de retrait des commandes en ligne, tout en soignant la présentation des articles proposés afin de stimuler les achats d’impulsion. En favorisant la symbiose entre les canaux hors ligne et en ligne, les entrepreneurs dynamiques et créatifs peuvent donner un nouvel élan à leurs activités. »